
Ce 13 octobre 2026, S.E. Monsieur Zephyrin Maniratanga, Représentant permanent de la République du Burundi auprès de l’Organisation des Nations Unies, s’est adressé au Conseil de sécurité lors de la réunion consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs. Le Conseil a entendu le rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération avec la République démocratique du Congo et la région.
La réunion était présidée par S.E. Madame Aglaia Balta, Représentante permanente de la Grèce auprès de l’Organisation des Nations Unies et Présidente du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre.

DECLARATION DU BURUNDI AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES LORS DE LA PRESENTATION DU RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL SUR LA REGION DES GRANDS LACS CE 13 OCTOBRE 2026
Madame la Présidente,
- Je voudrais, tout d’abord, remercier la présidence grecque du Conseil de sécurité d’avoir inscrit à l’ordre du jour l’examen du rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre du Cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région des Grands Lacs. Cette initiative témoigne de l’attention constante que le Conseil porte à la situation dans notre région et à la recherche d’une paix durable dans les Grands Lacs.
- Ma délégation remercie le Secrétaire général pour son rapport, qui rend compte de manière utile des évolutions intervenues au cours de la période considérée et met en évidence la dimension régionale de la crise dans l’Est de la République démocratique du Congo. Nous saluons également le travail accompli par l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs et son Bureau en faveur de la désescalade, du dialogue, de la coordination des différentes initiatives de paix et de la revitalisation du Cadre PSC. Nous apprécions particulièrement ses bons offices auprès des États de la région et son engagement à renforcer la cohérence entre les efforts africains et internationaux.
- Le Burundi partage le constat selon lequel la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure préoccupante, malgré les avancées enregistrées sur le plan diplomatique. La persistance des violences, l’activisme des groupes armés, les déplacements massifs de populations et la détérioration de la situation humanitaire montrent que les engagements pris autour des différentes tables de négociation doivent désormais se traduire par des mesures concrètes sur le terrain. Nous estimons que la complémentarité entre les processus de Washington, de Doha et la médiation conduite sous l’égide de l’Union africaine constitue, à cet égard, un impératif. Ces initiatives doivent se renforcer mutuellement et être guidées par un objectif commun : mettre fin aux hostilités, protéger les populations civiles et s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité.
- Pour le Burundi, il est également essentiel de ne pas perdre de vue la dimension véritablement régionale de cette crise. Les dynamiques sécuritaires dans l’Est de la RDC ont des répercussions directes sur les pays voisins, à travers notamment les mouvements de groupes armés, les trafics transfrontaliers, les déplacements de populations et la persistance de la méfiance entre certains États de la région. La paix en RDC ne pourra donc être durable que si elle s’accompagne d’un renforcement de la confiance entre les États des Grands Lacs, d’une coopération accrue en matière de sécurité et d’une volonté politique collective de régler les différends par le dialogue.
- À cet égard, le Burundi se félicite que le rapport du Secrétaire général reconnaisse les efforts entrepris par notre pays en faveur du dialogue et de la recherche de solutions africaines à la crise congolaise. Nous relevons notamment l’engagement de Son Excellence Monsieur Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi et, au cours de la période considérée, Président en exercice de l’Union africaine, qui a reçu à Bujumbura, le 6 juillet 2026, une délégation d’acteurs politiques et religieux de la République démocratique du Congo et a souligné l’importance d’un dialogue constructif.
- Cette contribution s’inscrit dans la conviction constante du Burundi que les États de la région ont une responsabilité particulière dans la recherche de solutions durables aux crises qui affectent notre espace commun. Le Burundi entend continuer à mettre son expérience, ses bons offices et ses capacités de dialogue au service des efforts africains de paix, en étroite coordination avec l’Union africaine, les mécanismes régionaux et les Nations Unies.
Madame la Présidente,
- C’est dans cet esprit que ma délégation souhaite partager les messages suivants au nom de mon Gouvernement.
- Premièrement, le Burundi réaffirme son attachement au Cadre pour la paix, la sécurité et la coopération, qui demeure, à nos yeux, un instrument essentiel pour traiter les causes profondes des conflits dans la région. Nous saluons les efforts en cours pour sa revitalisation et encourageons l’ensemble des États signataires à honorer pleinement leurs engagements. Le Cadre PSC doit demeurer un espace privilégié de dialogue, de confiance et de coopération entre les pays de la région, avec le soutien de l’Union africaine et des Nations Unies.
- Deuxièmement, le Burundi demeure profondément préoccupé par la présence et les activités de groupes armés dans l’Est de la RDC, notamment ceux qui constituent une menace directe ou indirecte pour la sécurité des États voisins. Nous sommes particulièrement attentifs à la présence et aux activités de RED-Tabara au Sud-Kivu, telles que relevées dans le rapport du Secrétaire général.
- La lutte contre les groupes armés doit être menée dans le respect du droit international et dans le cadre d’une coopération régionale renforcée. Il est indispensable d’améliorer le partage d’informations, les mécanismes de vérification et la sécurisation des frontières afin d’empêcher les groupes armés de tirer parti des espaces transfrontaliers et de déstabiliser les États de la région.
- Troisièmement, le Burundi attache une importance particulière au renforcement de sa coopération bilatérale avec la République démocratique du Congo. Nous nous félicitons que le rapport fasse état de l’accord intervenu en juin entre les deux pays en vue de renforcer leur coopération militaire. Cette coopération doit contribuer à la sécurisation de leur frontière commune, à la lutte contre les groupes armés et au retour progressif de la stabilité dans les zones affectées par les conflits.
- Le Burundi réaffirme sa disponibilité à travailler avec la République démocratique du Congo et les autres partenaires régionaux dans un esprit de responsabilité, de solidarité et de respect mutuel.
- Quatrièmement, le Burundi souligne l’importance du renforcement de la confiance entre les États de la région.
Le rapport du Secrétaire général relève la persistance de tensions entre le Burundi et le Rwanda ainsi que la fermeture de la frontière commune depuis janvier 2024. Le Burundi demeure convaincu que les questions qui opposent les États de la région doivent être traitées par le dialogue, la diplomatie et les mécanismes régionaux appropriés.
- Nous sommes favorables à toute initiative susceptible de contribuer à la restauration de la confiance, à la réduction des tensions et, à terme, à la normalisation des relations entre les pays voisins. Nous réaffirmons que la sécurité d’un État ne saurait être durablement assurée au détriment de celle de ses voisins et que la stabilité régionale repose sur la sécurité collective.
- Cinquièmement, mon Gouvernement accorde une importance particulière à la dimension humanitaire de la crise. Le Burundi a continué à assumer ses responsabilités en accueillant des réfugiés en provenance de la République démocratique du Congo, tout en facilitant, lorsque les conditions le permettent, leur retour volontaire.
- Nous appelons la communauté internationale à renforcer son appui aux pays qui accueillent ces populations et à veiller à ce que les retours soient véritablement volontaires, sûrs, dignes et durables. Une solution durable à la crise des Grands Lacs doit placer les populations affectées au centre de l’action collective et tenir compte des conséquences sociales et économiques supportées par les pays d’accueil.
- Sixièmement, le Burundi soutient le renforcement des mécanismes régionaux de vérification et de suivi des cessez-le-feu. La mise en œuvre effective de l’Expanded Joint Verification Mechanism Plus constitue une étape importante pour instaurer la confiance entre les parties et prévenir les malentendus susceptibles d’entraîner une nouvelle escalade.
- Ces mécanismes doivent toutefois disposer des ressources nécessaires, bénéficier de la pleine coopération des parties et préserver leur crédibilité, leur impartialité et leur efficacité. Les engagements pris dans les différents processus de paix doivent être accompagnés de mécanismes de suivi et de vérification permettant d’en mesurer concrètement la mise en œuvre.
- Septièmement, le Burundi réaffirme la nécessité de s’attaquer aux causes structurelles des conflits. La lutte contre l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, le contrôle des flux d’armes, le désarmement, la démobilisation et la réintégration des combattants, ainsi que le règlement des différends liés aux terres et aux tensions communautaires doivent faire partie intégrante de toute stratégie régionale de paix.
- À cet égard, nous soutenons les efforts visant à renforcer le Mécanisme régional de certification de la CIRGL, notamment en matière de traçabilité, de transparence et de gouvernance responsable des ressources naturelles. La lutte contre les économies de conflit doit contribuer à priver les groupes armés des ressources qui alimentent leur capacité de nuisance et à favoriser une intégration économique régionale bénéfique aux populations.
- Huitièmement, le Burundi réaffirme son soutien à une approche africaine de la prévention et du règlement des conflits. Nous saluons les efforts de l’Union africaine, de la CIRGL, de la SADC, de la Communauté de l’Afrique de l’Est et des autres mécanismes régionaux engagés dans la recherche de solutions à la crise.
- Nous estimons que l’appui international doit renforcer les initiatives africaines plutôt que s’y substituer. La multiplication des processus ne doit pas conduire à leur concurrence. Au contraire, Washington, Doha, la médiation de l’Union africaine et les mécanismes régionaux doivent être complémentaires, cohérents et centrés sur la mise en œuvre effective des engagements pris.
Madame la Présidente,
- La situation dans les Grands Lacs exige de la communauté internationale qu’elle demeure engagée, tout en reconnaissant et en soutenant davantage les efforts déployés par les États et les organisations de la région. Le Burundi reste convaincu que la paix dans notre région ne pourra être durablement consolidée que par une appropriation régionale pleine et entière, fondée sur le dialogue, la confiance, la coopération et le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.
- À cet égard, le Burundi entend continuer à assumer pleinement sa responsabilité en tant qu’acteur de paix et de stabilité dans les Grands Lacs.
Fort de son engagement au sein de l’Union africaine, de sa participation aux mécanismes régionaux et de son expérience dans les processus de dialogue, notre pays demeure disponible pour contribuer, chaque fois que cela est utile, aux efforts de prévention des conflits, de médiation, de renforcement de la confiance et de consolidation de la paix.
- Les initiatives entreprises par Son Excellence Monsieur le Président Évariste Ndayishimiye en faveur du dialogue sur la crise congolaise illustrent cette volonté de mettre les bons offices du Burundi au service de la paix régionale. Le Burundi continuera à soutenir les efforts visant à rapprocher les positions, à prévenir l’escalade et à créer les conditions d’un dialogue inclusif et durable.
- Nous appelons, dans cet esprit, le Conseil de sécurité à continuer d’accompagner les efforts conduits par l’Union africaine, à soutenir la revitalisation du Cadre PSC et à renforcer les capacités des mécanismes régionaux de prévention, de vérification et de règlement pacifique des différends. Nous encourageons également le Conseil à continuer de soutenir les efforts de l’Envoyé spécial du Secrétaire général et de son Bureau, dont le rôle demeure essentiel pour favoriser la cohérence des initiatives et maintenir les canaux de dialogue ouverts.
- Le Burundi réaffirme, pour sa part, sa disponibilité à travailler avec tous les États de la région, l’Union africaine, les organisations sous-régionales et les Nations Unies pour faire progresser la paix et la stabilité dans les Grands Lacs.
Notre pays continuera de privilégier le dialogue à la confrontation, la coopération à la méfiance et les solutions africaines aux crises africaines.
- Nous sommes convaincus qu’en conjuguant la volonté politique des États de la région avec un soutien international prévisible, coordonné et respectueux de l’appropriation africaine, les engagements pris dans les différents processus de paix pourront progressivement se traduire en résultats concrets pour les populations. C’est dans cet esprit que le Burundi continuera d’assumer sa part de responsabilité dans la construction d’une région des Grands Lacs pacifique, stable, intégrée et tournée vers le développement.
Je vous remercie, Madame la Présidente.
Ambassade du Burundi à New York Diplomatie