DÉCLARATION DE LA RÉPUBLIQUE DU BURUNDI A la Sixième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, ce 13 Octobre 2026 lors de la Conférence des plénipotentiaires des Nations Unies pour la prévention et la répression des crimes contre l’humanité

DÉCLARATION DE LA RÉPUBLIQUE DU BURUNDI

A la Sixième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, ce 13 Octobre 2026 lors de la Conférence des plénipotentiaires des Nations Unies pour la prévention et la répression des crimes contre l’humanité

Madame la Présidente,

  1. Le Burundi s’associe à la déclaration prononcée au nom du Groupe africain et souhaite formuler les observations suivantes en sa qualité nationale.
  2. Ma délégation réaffirme son soutien à l’élaboration d’une convention universelle juridiquement contraignante sur la prévention et la répression des crimes contre l’humanité, fondée sur le projet d’articles adopté par la Commission du droit international en 2019. Nous félicitons la Commission pour son important travail et saluons les progrès accomplis lors de la première session du Comité préparatoire, en janvier 2026.
  3. Le Burundi considère ce processus comme une occasion importante de renforcer la coopération internationale, de consolider les capacités nationales en matière de prévention et de poursuites, et de veiller à ce que les victimes des crimes les plus graves bénéficient de reconnaissance, de justice et d’une réparation effective. La future Convention doit reposer sur la clarté juridique, l’égalité souveraine, le respect mutuel et l’égale dignité de tous les êtres humains.

Madame la Présidente,

  1. Pour le Burundi, la prévention des crimes contre l’humanité ne constitue pas seulement une entreprise juridique. Elle représente également une responsabilité historique et morale. Notre continent a subi de graves atrocités dont les conséquences continuent d’affecter des familles, des communautés et des générations entières. Ces expériences nous rappellent que la paix ne peut être durable lorsque la souffrance des victimes demeure ignorée, lorsque la mémoire historique est négligée ou lorsque la justice est appliquée de manière sélective.
  2. À cet égard, le Burundi souhaite attirer une attention particulière sur le génocide commis en 1972 contre les Hutu du Burundi, au cours duquel les populations hutues ont subi des massacres et d’autres graves atrocités. La Commission vérité et réconciliation du Burundi a identifié environ 300 000 victimes et a qualifié ces faits de génocide. Le Parlement burundais a également reconnu ce génocide. Ce génocide demeure un chapitre profond et douloureux de notre histoire nationale. La souffrance endurée par les victimes, leurs familles et leurs descendants mérite d’être commémorée avec dignité et examinée avec le sérieux qu’exige une telle tragédie humaine.
  3. Le Burundi estime que la mémoire de ce génocide ne doit être ni occultée ni oubliée. La reconnaissance de la souffrance des victimes hutues de 1972 ne vise pas à minimiser la souffrance d’une quelconque autre communauté ni à établir une hiérarchie entre les victimes. Elle reflète plutôt un principe fondamental : toute victime d’atrocités de masse mérite d’être reconnue, et aucune souffrance humaine ne devrait être exclue de la mémoire historique en raison de l’identité de ceux qui l’ont subie.
  4. Nous encourageons donc une approche de la prévention et de la répression des crimes contre l’humanité qui favorise la vérité historique, préserve la mémoire des victimes et soutienne la réconciliation nationale. Se souvenir des atrocités passées, de manière objective et responsable, est essentiel pour lutter contre le déni, prévenir la récurrence de la violence et renforcer la cohésion sociale.

Madame la Présidente,

  1. Le Burundi souligne que la prévention doit demeurer au cœur de la future Convention. Elle devrait aller au-delà de l’adoption de mesures législatives et englober le renforcement des institutions nationales, la promotion de l’état de droit, la protection des droits fondamentaux ainsi que la mise en place de mécanismes efficaces d’alerte précoce et d’intervention.
  2. La prévention exige également de s’attaquer aux causes profondes des atrocités de masse, notamment la discrimination, l’exclusion, la marginalisation politique et sociale, l’incitation à la haine et la déshumanisation des communautés.

L’éducation, le dialogue intercommunautaire, un discours public responsable et la préservation de la mémoire historique peuvent contribuer de manière importante à prévenir la violence et à promouvoir une culture de paix.

  1. Dans le même temps, la Convention devrait réaffirmer l’obligation des États d’enquêter sur les crimes contre l’humanité et, le cas échéant, de poursuivre leurs auteurs conformément au droit international applicable et aux cadres juridiques nationaux. Ces efforts doivent respecter le principe de légalité, la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable et les droits de la défense.
  2. Le Burundi souligne en outre l’importance de protéger les victimes, les témoins et leurs familles contre l’intimidation et les représailles. Les recours effectifs devraient comprendre des formes appropriées de réparation, de réadaptation et des garanties de non-répétition. Une attention particulière devrait être accordée aux besoins des survivants ainsi qu’aux conséquences à long terme des atrocités pour les familles et les communautés touchées.

Madame la Présidente,

  1. Ma délégation souligne que la crédibilité et l’acceptation universelle de la future Convention dépendront de son application impartiale, cohérente et non sélective. Le droit international doit protéger tous les peuples de manière égale, sans distinction fondée sur la nationalité, l’appartenance ethnique, l’affiliation politique ou tout autre statut. La sélectivité dans la reconnaissance des victimes ou dans la recherche de la responsabilité risque de saper la confiance dans les instruments juridiques internationaux.
  2. Le Burundi soutient donc un processus de négociation inclusif, transparent et véritablement intergouvernemental, qui tienne compte des préoccupations de toutes les régions et de toutes les traditions juridiques. La Convention devrait préserver la responsabilité première des États en matière de prévention et de répression des crimes contre l’humanité, tout en renforçant la coopération internationale dans les domaines de l’entraide judiciaire, de l’extradition, de l’échange d’informations ainsi que de la collecte et de la conservation des éléments de preuve, conformément au droit applicable et aux principes de l’égalité souveraine et du respect mutuel.
  3. Nous encourageons les délégations à poursuivre leur engagement constructif lors des prochaines sessions du Comité préparatoire, en vue d’élaborer un instrument équilibré, précis et efficace, capable de recueillir un large soutien international.

Madame la Présidente,

  1. Le Burundi demeure déterminé à contribuer de manière constructive à l’élaboration d’une Convention universelle qui place la prévention, la responsabilité, la protection des victimes et le respect de l’égale dignité de tous les peuples au cœur de son dispositif. Nous devons veiller à ce que les tragédies du passé ne soient ni oubliées ni instrumentalisées, mais qu’elles servent de rappel solennel de notre responsabilité collective de protéger la vie humaine et de prévenir les atrocités futures.
  2. Un cadre international crédible ne doit laisser aucune victime invisible ni aucune communauté en dehors de la protection de la loi. En affrontant le passé avec honnêteté, en appliquant le droit international sans deux poids, deux mesures et en renforçant la coopération entre les États, nous pouvons contribuer à bâtir un avenir fondé sur la justice, la réconciliation et une paix durable.

Je vous remercie, Madame la Présidente

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